Ce n'est pas parce que rien que pourquoi pas.

21 mai 2020

Des croissants ou décroissant ?

Je vois, je lis, j’entends : pour certains, l’expérience vécue à cause du coronavirus serait une vision grandeur nature de ce que serait une société de décroissance avec tout ce que cela impliquerait selon eux de catastrophe économique, de chômage, d’horreur.

Je ne crois pas que ce soit ça.

Nous venons de vivre l’arrêt brutal d’une société tout entière organisée autour, par et pour la croissance infinie, une société entièrement bâtie sur la valeur travail pour exister socialement, une société de la suprématie de la production et de la récompense par la consommation et la possession.

Une société en boucle - avec ses moments de crise intégrés et plus ou moins rapidement absorbés mais de la crise comme un élément constitutif d'une société de croissance infinie.

Rien à voir avec la décroissance.

 

La décroissance est un processus.

Progressif et lent.

Consommer moins - donc produire moins - donc travailler moins, d’autant que nous courons gaiement vers les dix milliards d’humains…

Ça ne peut pas se faire du jour au lendemain, ça doit s’organiser, se préparer, s’exécuter par phases, en veillant à ne laisser personne en arrière et ça ne peut se faire que si toute la société est engagée dans cette voie, que si toute la société réfléchit à ce que si on travaille moins, si on se défait du statut social par la consommation et la possession, qu’est-ce qu’on fait ?

Quel sens à notre vie ?

Comment lui en donner ?

 

Ce que nous sommes en train d’expérimenter est épouvantable : demain, beaucoup d’entreprises vont fermer, des gens vont se retrouver au chômage, il y aura des suicides, des mouvements de colère, des émeutes, la pauvreté et la précarité vont augmenter - déjà des gens ne mangent pas à leur faim et on balance à tour de bras des milliards pour sauver nos « fleurons » industriels sans la moindre réflexion (ou si peu, si biaisée) sur leur utilité véritable, leur impact environnemental, sur ce qu’on veut faire de notre société, sur ce qui fait société.

Renault aura des milliards.

Les infirmières auront une médaille et (éventuellement) une petite prime - avec une aide du gouvernement, elles pourront aller la dépenser pour acheter un véhicule électrique.

Tout pour relancer la boucle.

 

Au risque de me faire taper sur les doigts ou de sembler ridicule, je dis au contraire qu’il faut mettre des gens au chômage - beaucoup de gens - mais avec un revenu universel suffisant pour tous pour que le travail résulte enfin d’un choix, d’une envie, d’un besoin collectif et non plus de la nécessité de ne pas crever.

Je dis qu’il faut fermer des lieux de production - beaucoup.

Je dis qu’il faut baisser drastiquement le temps de travail.

Briser le cercle - sortir du Groundhog Day de l’économie uber alles.

 

Je dis surtout qu’il faut valoriser l’oisiveté, le temps perdu, la rêverie - se demander pourquoi on a à tout prix voulu nous faire croire qu’il était plus valorisant et épanouissant d’aller passer huit heures à visser des boulons sur des chaînes de montage que de les passer allonger dans l’herbe à regarder passer les nuages.

C’est une vraie question.

Pourquoi ?

En quoi est-ce mieux ?

 

Je lisais je ne sais plus où que le dix-neuvième siècle craignait l’oisiveté ouvrière parce que les temps de vide sont aussi des temps de pensées et qu’il risquait d’en émerger des envies d’union et de révolte…

Peut-être qu’est venu le temps de la révolte.

 

Garçon ?

Décroissant et une révolution !

 

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15 mai 2020

Chanson révolutionnaire du juste après.

Tu vas te ruer,

Dans les magasins

Oh bel achat, bel achat, bel achat-chat-chat,

Tu vas te ruer,

Dans les magasins

Claquer du pognon tout plein.

 

Te précipiter,

T’faire couper les tifs

Oh bel achat, bel achat, bel achat-chat-chat,

Te précipiter

T’faire couper les tifs,

Plus r’sembler à un caniche !

 

T’as pris 10 kilos,

Ton jean te serre trop

Oh bel achat, bel achat, bel achat-chat-chat,

T’as pris 10 kilos,

Tu te sens tout gros,

Y t’faut des fringues et des abdos !

 

T’as pas de ciné,

Concerts annulés

Oh pas d’achat, pas d’achat, pas d’achat-chat-chat,

T’as qu’des p’tits musées,

Les bars sont fermés,

Comment faire pour dépenser ?

 

Pour l’économie,

Tout s’est arrêté

Oh faut d’l’achat, faut d’l’achat, faut d’l’achat-chat-chat,

Pour l’économie,

Faut tout relancer,

C’est l’moment de consommer !

 

C’est l’moment de consommer !

C’est l’moment de…

 

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11 mai 2020

J'en avais rêvé, aujourd'hui ne l'a pas fait.

Ah comme j’en avais rêvé de la journée d’aujourd’hui !

J’aurais été me promener au bord de la mer, ou en forêt, voire les deux, j’aurais pu retourner voir mon père, ma soeur, ma mère - j’aurais été au ciné, qui sait et boire un verre en terrasse sans rien à faire d’autre qu’attendre que le beau temps passe…

Bon, bien sûr, tout ça s’était un peu effiloché. Au fur et à mesure.

Mais j’ai quand même continué à rêver.

J’ai continué à l’attendre, à la fantasmer, cette journée.

Libéréééé - Délivréééé

Vous voyez ?

 

Je me suis levé, enthousiaste et excité.

Ça y est !

 

Et puis…

Et puis le vent, la pluie.

Et puis le télétravail, faire à manger, manger, s’occuper un peu des enfants, ça va, ils sont grands, ils me laissent de l’espace pour bosser, ils me laissent le temps…

Ils le laissent beaucoup traîner, le temps, adolescents désabusés, ils laissent tout beaucoup traîner, un peu partout.

 

Et puis les courses à faire, faut bien manger, justement - l’obsession de la bouffe comme réponse à la peur du vide du temps - déjà si tard ? Déjà tant de rêves de retard et plus le temps pour rien sinon se plonger dans la routine de la fin : faire à manger, encore, quelques images à la télé, aller se coucher et dormir d’un sommeil de brute agitée.

 

En fait la journée s’est déroulé comme si j’étais encore confiné.

Et demain sent déjà la défaite annoncé…

 

Ah si !

Quand même.

J’ai failli oublier, la petite victoire de la journée : 

Quand je suis allé faire les courses, ce soir,

Je n’avais pas d’attestation dérogatoire !

Victoire…

 

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09 mai 2020

Dommage collatéral.

Avant l’épidémie, la barbe était à la mode chez le hipster, une barbe bien taillée, millimétrée, entretenue, une barbe de viking soigné comme probablement jamais aucun viking ne l’a jamais vraiment été.

Une barbe coordonnées avec les tatouages, les bagues et les bracelets.

Une musculature développée et soigneusement épilée.

Un ensemble de virilité boucanée à l’ancienne mais également revisitée, réinventée comme une vulgaire recette de cuisine de nos grand-mères, passée au mixeur de la métrosexualité.

On avait inventé le viking féministe, le barbare hautement civilisé, le pillard poli sur papier glacé.

Mais ça, comme dirait l’autre, c’était avant.

 

Aujourd’hui, il va falloir porter un masque.

La barbe survivra-t-elle au port du masque ?

 

Ça doit tenir chaud, tous ces poils, là-dessous, ça doit gratter. Ça doit dépasser par en-dessous, sur les côtés et, mon Dieu que le résultat doit être laid !

Vous imaginez ?

Et que va-t-il rester des beaux ordonnancements bien taillés, peignés, huilés, égalisés au poil près sûrement, que va-t-il en rester après quatre heures à transpirer dedans, écrasée sous un masque ?

C’est bientôt l’été…

Je ne suis pas sûr que le port de la barbe survive au coronavirus.

 

D’ailleurs, différents sondages indispensables pour occuper les sondeurs et nous donner de quoi se moquer ou philosopher autour des machines à café virtuelles que sont devenus les début de réunions de travail, nous ont appris que les français se lavaient moins depuis le début du confinement et qu’ils avaient pris en moyenne 2.5 kilos.

Aucun sondage ne fait état de la prolongation ou pas de l’entretien des barbes.

Mais quand on ne se lave plus trop sous les bras, a-t-on envie de s’égaliser les poils ?

Le XXIième siècle sera hirsute ou ne sera pas !

Et à la suite des barbes, on peut se demander ce qui disparaîtra.

 

Le CoVid-19 a peut-être sonné la revanche des pilosités erratiques et désordonnées !

 

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07 mai 2020

Nuit.

Mes nuits sont les poubelles de mes jours.

 

Je fais des rêves en veux-tu, en voilà ! À la pelle, tous plus imbéciles les uns que les autres et en cascade, les uns derrière les autres, faisant la course, se bousculant, s’enchaînant comme des vinyles en soirée, des rêves mixés, bouillisés, entremêlés, des rêves en masse comme on a pu faire des stocks de pâtes ou de PQ au début, des rêves peut-être prudemment stockés dans le placard de mon arrière-cerveau en prévision des jours de pénurie, des nuits sans rêves, des sommeils morts et lourds et qui, voyant le 11 mai arriver ont décider de déstocker - tout doit disparaître, mon bon monsieur !

 

Cette nuit, par exemple : l’angoisse atroce de faire partie d’un groupe dans lequel on cherchait des volontaires pour subir une liposuccion sans anesthésie - des volontaires pour commencer mais sachant qu’on n’y passerait tous et qu’il n’y avait aucun moyen d’y échapper…

 

Des rêves comme les envies de refaire le monde de tous les types bourrés.

 

Des rêves qui traînent même sur le moment du réveil, qui jouent avec la sonnerie ou l’impression du chat réglé comme une pendule qui indique l’heure qui lui chante pour venir me ronronner dans les oreilles, le matin, des rêves bien bons de me laisser parfois décider plus ou moins de leur fin dans cet état évanescent et cotonneux, si bref, qui n’est déjà plus le sommeil mais pas encore l’éveil véritable.

 

Mes nuits sont les poubelles de mes jours, je vous dis !

 

Tous ces rêves qui me bousculent l’intérieur du crâne, on dirait les rats qui fuient le navire - et quoi ? Le Titanic de mes pensées bêtement crues insubmersibles a heurté l’iceberg du confinement et est sur le point de couler, c’est ça ?

Peut-être.

Au secours !

Je ne sais même pas si j’ai assez de canoës - par contre, j’ai pléthore de pensées et pas vraiment toutes de première classe, loin de là, ça se bouscule à fond de cale, chez moi - si mon esprit sombre, la panique et le chaos seront partout - fermez les grilles ! Sauvons ce qui peut l’être !

Les rêves et les espoirs d’abord !

Et que l’orchestre nous joue un truc pour occuper et distraire le reste.

 

Allez :

Ô nuit !

Ô nuit masquée, ohé   ohé !

Il rêve, il rêve, il rêve

Ô nuit masquée

Il ne peut paaaaaaaaaas s’arrêter ohé ohé !

De rêver, rêver, rêver, rêveeeeeeeeeeeeer…

 

Ouais…

C’est pas gagné.

Et paradoxalement, ça ne fait vraiment pas rêver.

 

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06 mai 2020

Plus que quatre jours !

Le confinement, à nous les bloqués chez nous parce que nous ne sommes pas de la première ligne, nous en télétravail ou pas, les entre parenthèses dans la continuité du travail d’avant ou glissant lentement vers le relèguement, nous les coincés à la maison sauf de temps en temps, pas loin et pas trop longtemps, nous les « en attendant », nous !

À nous, le confinement enlève des expériences de vies et uniformise celles qu’il nous laisse.

 

Regardez ce que proposent les réseaux sociaux !

Vous y verrez des milliers de journaux plus ou moins intimes, des blogs, des vidéos, beaucoup de gens qui chantent, qui dansent, qui jouent de la musique ou tentent d’être drôles, le sont parfois, et vous verrez que tous disent peu ou prou la même chose - le répertoire s’est rétréci au fur et à mesure que s’étendait l’armée des interprètes.

La même impression de tourner en rond, les mêmes difficultés à gérer les gosses ou le conjoint, la même absence de plus en plus difficile à supporter de nos proches soudain si lointains, l’absence de la forêt, de la campagne, de la mer, de la montagne, etc - chacun coche sa case préférée et toutes les cases finissent percées, noircies et déchirées à force d’être cochées.

La même angoisse du lendemain, les mêmes doutes plus ou moins dérivés vers la colère envers nos dirigeants, la même sidération, la même angoisse diffuse de se foirer sur le monde d’après, de retomber dans le monde d’avant, d’être les porteurs sains à nos espoirs défendants de toutes ces mauvaises habitudes qui nous ont foutus dedans…

Et les gigas aussi de comment faire son propre masque, entretenir son potager, quels loisirs créatifs pour les enfants, la recette incroyable de la semaine, les découvertes en cuisine et on dirait que chaque français s’est fait un défi de manger chaque jour un kilo de farine !

Comment cuire son pain, avec ou sans levain.

Avec le vin, bien sûr - Ah ! Ah ! Jeu de mot - coronapérooooooo !

Les mêmes séries, le soir, les mêmes films.

Les mêmes vies.

La même hibernation.

 

Le confinement est une expérience collective, une fourmilière humaine avec seulement deux ou trois rôles bien distribués des soldats qui vont au front aux autres, ouvrières désoeuvrées, qui attendent en découvrant la méditation et le yoga que la crise passe et qui prient pour que le covid ne les frappe pas.

 

Même ce que j’écris là - ma tête à couper que vous l’avez déjà lu cent fois.

Non ?

C’est alors que vous n’avez pas lu assez.

 

Le confinement nous uniformise.

Le confinement réduit nos vies à des ressorts de crise.

 

Parce qu’avant ce n’était pas déjà le cas ?

Avant.

Avant quoi ?

Avant… ça - mais ça quoi ?

Avant, quoi.

Ce n’était pas déjà comme ça ?

Si, sans doute, mais on ne s’en apercevait pas - moins - pas à ce point-là.

On pouvait croire un peu qu’on avait chacun son petit espace, même si la fourmilière a toujours été là - le confinement aura peut-être eu pour « mérite » de nous faire réfléchir à ça.

Ou peut-être pas.

 

Alors, une fois que j’ai dis ça, j’ai dit quoi ?

Je propose quoi ?

Je ne sais pas.

Mais je vais peut-être y re-réfléchir en faisant mon yoga…

 

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05 mai 2020

Jour.

J’ai laissé la fenêtre ouverte pour aérer l’appartement et mis un plaid sur mes épaules pour ne pas avoir froid.

Habituelle tasse de thé.

Dehors, le ciel gris se demande s’il va pleuvoir vraiment ou s’il va continuer encore longtemps à faire semblant.

Les voilages blancs ondulent doucement, le vent est léger. On diraient qu’ils discutent entre eux ou se chantent des chansons, peut-être qu’ils se murmurent doucement…

Je ne voudrais pas les déranger, je les laisse flotter mollement.

Je les laisse, je les laisse.

Glisser. Onduler.

Dans le petit vent.

Je crois avoir vu passer le chat, à un moment.

 

Je suis assis face à l’ordinateur allumé, relié, connecté, enchâssé au réseau de mes collègues eux aussi confinés. Je traite ce qui ne l’a pas été la veille et je remets à demain suffisamment pour m’y occuper, alimenter ma journée.

Je gère…

J’essaie.

Mes pensées sont comme des bulles cotonneuses, des pissenlits et au moindre souffle de vent…

Je regarde passer le temps.

Je le laisse glisser.

Je le laisse, je le laisse,

Coaguler, passer à autre chose,

Comme je l’ai fait hier.

Comme je le ferais demain.

 

Dehors, j’entend parfois passer un train - souvenir vague et lointain - promesse évanescente d’un futur incertain.

Un train.

Tellement loin au pied de chez moi.

Dehors est un concept hors saison, de toutes façons, un modèle hors collection, un truc saugrenu, un parfum luxueux dont je n’ai droit qu’à de maigres échantillons.

 

On pense qu’il faut s’y faire. On reste à tenter d’assécher ses colères.

On laisse, on laisse…

En laisse en intérieurs où le silence vocifère,

Bloqués dans le temps circulaire.

 

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03 mai 2020

Vol d'oiseau.

J’étais à ma fenêtre, buvant une tasse de thé et ne pensant à rien - rien d’épais ni de prolongé, juste quelques vagues impressions effilochées entre deux absences.

Un oiseau est passé.

Un tout petit oiseau pressé.

J’ai regardé son vol - avez-vous déjà regardé un oiseau voler ?

Celui-là battait des ailes selon un rythme qui m’a surpris - sans doute parce que bêtement je l’avais supposé régulier et constant - tact-tac-tac-tac…

 

On finit par tellement supposer le monde qu’on oublie de le regarder.

 

Celui-là parfois s’arrêtait.

Ta-da-da-m / ta-da-da-m / ta-da-da-m.

Trois batt’ments - rien.

Trois batt’ments - rien.

Trois batt’ments - rien.

 

Trois double-croches - quart de soupir - répété à l’envie.

Et puis il est parti.

 

Un peu de beauté à ma fenêtre, un peu de chance.

Le vol des petits oiseaux est une musique qui probablement se danse.

 

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26 avril 2020

Isaac et moi.

J’ai appris qu’Isaac Newton avait théorisé la gravité enfermé chez lui en confinement lors de je ne sais plus quel épisode de peste en Europe.

La classe, non ?

Moi, déjà, je mange des pommes…

Peut-être que si je les mangeais avec un peu plus de gravité

Bon.

Je crois que c’est mal parti. Je ne vais même pas théoriser la vanne pourrie et sans doute déjà faite mille fois par de plus doués que moi, je vais me contenter de la balancer ici.

Peste !

De partout on nous bombarde, nous les coincés chez nous : profitez-en ! Utilisez votre confinement, faites-en une force, une période de création ou de réflexion sur soi - sortez vous les doigts du cul, bordel ! Du temps, ce temps qu’autrefois vous pleuriez si court, si mal distribué, du temps soudain vous en avez, faites-en quelque chose !

Euh…

Oui, bon, OK.

OK.

Ne vous énervez pas.

OK.

Alors, je vais…

Je vais…

Oh la barbe !

Oui, oui, je les vois aussi toutes ces petites vidéos de gens confinés qui chantent, qui parodient, qui fabriquent, qui font des trucs ensemble bien qu’à distance ou qui arrivent à créer de ces petits moments magiques de partage et d’humanité avec leurs voisins, bien sûr que je les vois et certains ont beaucoup de talent, c’est à la fois très beau et super énervant.

Je les regarde en scrollant sans fin mon mur FaceBook en me grattant le ventre, voire plus bas, et je me demande si Isaac aurait fait le buzz avec la gravité s’il avait vécu de nos jours ou s’il aurait fait un sketch hilarant de plus sur la difficulté de se retrouver soudain enfermé toute la journée avec ses jeunes enfants dans un tout petit appartement.

Ah ! Ah ! Ah !

Avant on disait :

- Tu verras, dans dix ans, qu’est-ce qu’on en rira !

Maintenant on en rit pendant.

Avant, après, tout le temps - il faut en rire ! Il faut en rire !

Et je commence à comprendre qu’il est des rires particulièrement déprimants.

Le rire est le masque de la panoplie des gestes barrière contre le vide, chacun se fabrique le sien et on n’est pas forcément tous très doués.

Certains font une vidéo par jour…

Une. Par. Jour.

C’est vrai que rire tous les jours est bon pour la santé - il y a sûrement une vanne sur l’autorisation de sortie qu’on n’a pas encore inventé…

Mais une vidéo par jour…

Déjà, je fais à manger, et pas que des pommes.

J’ai l’impression d’entendre encore en boucle tous les dingues du « ce qui ne te tue pas te rend plus fort », ces utilitaristes de la moindre seconde, du temps vécu comme une ressource à exploiter, ces acharnés de ton destin qui n’est que dans tes mains et tu n’es qu’un loser si tu n’en sculpte pas chaque seconde dans l’airain.

Putain…

(Ouais, ça me rend grossier.)

Le Titanic est e entrai nie couler et les Grosses Têtes ont remplacé Vivaldi à l’orchestre, on est prié de rester bien sagement confiné à l’alimenter - le gigantesque orchestre du talent enfermé.

Et si moi, j’ai envie de le foirer, ce confinement - encore qu’envie ne soit pas vraiment le terme. Si j’avais envie de me morfondre, de perdre mon temps, de me coucher en n’ayant rien foutu de ma journée ?

Hein ?

Si tout ça me laissait abasourdi.

Sidéré.

Sur pause.

Le projet de bouquin que j’avais encore vivace et obsédant le 14 mars est depuis le 15 en quasi mort cérébrale. D’un seul coup. Rien ne vient ou si peu, si vain, si minuscule.

Et un projet qui n’avance pas est un projet qui recule.

J’écris ici pour avoir un peu l’impression d’avancer.

Je passe des heures à la fenêtres à regarder non-passer des gens - ah si, quand même, un de temps en temps.

J’en suis à une fenêtre par jour.

Une. Par. Jour.

Je rêve de légèreté.

Imbécile de Newton d’avoir tout misé sur la gravité.

 

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20 avril 2020

Épure.

Petit à petit, j’épure mon appartement et je remplis ma cave - je ne jette pas, tout ça pourra bien servir à quelqu’un quelque part mais il faudra bien un jour aussi trier la cave et je n’ai déjà plus accès au dernier tier, celui du fond, ça grimpe jusqu’au plafond.

Je vide mes tiroirs, je les range, j’épure - maxi ma liste de mes soudaines envies minimalistes.

Un peu chaque jour.

 

Par la fenêtre, je vois les tours de La Défense pour la première fois nimbées presque du même bleu que le reste du ciel - adieu cette bande lourde de ciel gris-jaune qui les engluait jusque là. On ne la regrettera pas, même si on sait qu’elle reviendra.

Le ciel aussi s’épure.

 

Samedi, en faisant mes comptes, je me suis aperçu que je n’avais presque rien dépensé de la semaine. Samedi, en triant mon courrier, je me suis aperçu que je n’en avais presque pas reçu de la semaine. Samedi, en triant mes pensées pour réfléchir et ordonner, je me suis aperçu que je n’en avais pas eu tant que ça de la semaine.

Epure encore.

 

Samedi, c’était avant-hier.

Et je m’en souviens comme de l’année dernière.

 

Alors, je me mets à la fenêtre et je regarde passer les trains.

Je me mets à la fenêtre et je regarde les enfants du voisin d’en face jouer dans leur jardin.

Je me mets à la fenêtre et puis rien.

J’épure aussi mon quotidien.

 

Il n’est que11h30

Et j’ai déjà arrosé les plantes.

 

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